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Archives quotidiennes : 26 mars 2018

 

Les cinq démesures du système financier

Par Frédérique Bosqué

Parcours MLC – Les 5 clés de la métamorphose du système financier – Frédérique Bosqué from manteyer naturellement on Vimeo.

C’est l‘histoire de deux petits poissons qui nagent dans l’océan et rencontrent un vieux poisson accoudé sur ses nageoires. Il leur dit « Salut les ami-e-s, comment va l’eau aujourd’hui ? »… Les deux petits poissons se regardent étonnés et lui disent « Bonjour monsieur, c’est quoi l’eau ? ». La monnaie est aux citoyens ce que l’eau est aux poissons, ils n’ont pas conscience que sa qualité peut les tuer ou les émanciper.

En cinq points, nous allons prendre conscience de ce qu’est l’eau de l’économie….

1-L’euro, notre monnaie officielle disparaît progressivement au profit de la monnaie-dette.

La monnaie-dette forme aujourd’hui plus de 85% de la monnaie en circulation. Contrairement aux vrais euros, émis par la banque centrale européenne, qui eux restent en permanence dans l’économie, la monnaie-dette est détruite au fur et à mesure qu’on la rembourse. Son renouvellement continuel génère de plus en plus d’intérêts payés par les ménages, les entreprises et les Etats… jusqu’à leur inévitable défaillance. ​ Un seul exemple : entre 1980 et 2017 la dette de la France est passée de 200 milliards à 2 400. ​

2-L’épargne s’accumule sur les marchés financiers au détriment de l’économie réelle

 Si la richesse se crée quand la monnaie circule, aujourd’hui elle circule à 98% sur les marchés financiers. Si on résume en 24h une année de transactions, à 1h30 du matin, tous les échanges en monnaie nécessaires à produire des biens et de services sont terminés, puis, jusqu’à minuit ce ne seront que des transactions de monnaies pour spéculer sur la hausse ou la baisse du prix d’un actif financier.
Citoyens, associations, entreprises, collectivités territoriales et l’Etat, se disputent donc 2% des transactions. ​
Garderions-nous un poêle à bois qui sur 100% de bois brûlé restituerait 2% de chaleur ?
Non.

3-La monnaie ne compte plus ce qui a de la valeur pour nous

Mesurer la richesse d’une nation en monnaie (le fameux PIB) nous conduit à être aveugles concernant la création et la destruction des richesses sociales ; la création et la destruction des richesses écologiques.​ Un seul exemple : après le naufrage de l’Erika, pour nettoyer une plage bretonne du pétrole libéré sur les côtes, deux files humaines le ramassent. Pelles et seaux en main, l’une est composée de salariés de Total et l’autre de bénévoles. La destruction de milliers d’oiseaux et de plantes ne sera pas enregistrée par le PIB car la nature ne se fait pas payer. Au contraire, grâce aux salaires versés aux salariés de Total, le PIB augmentera ! En même temps, alors que les bénévoles font le même travail que les salariés, aucune richesse ne sera bien sûr comptabilisée par la nation. Comme la nature, les bénévoles ne se font pas payer.

4- L’euro, monnaie unique, choisit l’efficience contre la résilience

 Comme pour la monoculture agricole, où un seul parasite peut détruire la production de centaines d’exploitations, à cause de l’usage d’une seule monnaie et de l’interconnexion des marchés financiers, la défaillance d’un seul acteur peut détruire la valeur de milliers d’entreprises dans le monde.​ L’unification des règles des marchés financiers tue les petits producteurs qui pourtant enrichissent leur sol et produisent une nourriture saine, et enrichit les industriels américains qui détruisent la terre et l’eau sur des fermes de plusieurs milliers d’hectares.  Ainsi, l’accroissement des
volumes de transactions fragilise notre système financier. ​ A la moindre défaillance d’un des acteurs, c’est tout le système qui peut s’emballer, conduisant les acteurs à une défaillance en chaîne et à terme à un effondrement financier.

C’est ce que nous avons évité de justesse en 2008 avec la trop fameuse crise des subprimes. ​ A-t-on modifié les règles du jeu depuis ?

Non. ​ Notre système financier résistera-t-il à la prochaine crise? A mon avis, non.

5-La monnaie n’est plus gouvernée par ceux qui l’utilisent

Aujourd’hui la monnaie est gérée loin de ceux qui l’utilisent avec des règles du jeu qui sont loin de celles de la démocratie. ​Ceux qui utilisent la monnaie les subissent et constatent qu’elles sont appliquées de façon arbitraire. L’une d’entre elles, la sacro-sainte règle de la «stabilité des prix», tire tous les prix à la baisse. ​ Elle donne l’avantage aux produits «discount», grâce à un dumping social, écologique et fiscal, face à des produits respectueux des humains et de la nature mais forcément à un prix plus élevé.
Mais à ce niveau les prix de ces produits, veulent-ils encore dire quelque chose quand toutes les externalités négatives (pollution, casse sociale,…) sont reportées sur les générations futures ?

Conclusion

1. Une monnaie publique remplacée par des crédits qui endettent les acteurs jusqu’à la défaillance​
2. Une circulation de la monnaie à 98% sur les marchés financiers au détriment de l’économie réelle ​
3. Un indicateur qui ne mesure que la valeur monétaire au détriment de la valeur sociale et écologique ​
4. L’euro, monnaie unique, fait le choix de maximiser l’efficience contre la résilience ​
5. Enfin, des règles monétaires qui s’appliquent en fonction du poids monétaire de chacun et que subissent des acteurs qui ne les ont pas choisies ​

Voilà résumée la qualité de l’eau-monnaie que respirent chaque jour les poissons-citoyens…
Mais contre toute attente, si petits soient-ils, ils peuvent, oui ils peuvent à partir du milieu immédiat où ils nagent, changer la qualité de l’eau qu’ils respirent… justement car ce sont eux qui la respirent. Pour cela, ils devront inspirer de l’euro et en expirant faire de cette monnaie des bulletins de vote, une monnaie citoyenne ! ​

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